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Voyager Léger : Philosophie De La Mochila

Qui veut voyager léger ménage sa monture, alors autant le dire d’emblée : il faut régulièrement vider son sac de voyage. En lisant Immortelle randonnée : Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin, j’ai été frappé par diverses réflexions sur la condition du pèlerin qui marche en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Voyager léger : philosophie de la mochila

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« Le pèlerin ne marche pas avec en permanence sur les lèvres le sourire extatique du sadhou indien. »

J’ai été d’autant plus sensible au livre de Rufin que j’ai consacré un chapitre à la marche dans mon essai sur l’Inde, intitulé Adelma. Lors de ma découverte de Dehradun, au nord de l’Inde, j’avais eu la grande surprise de me retrouver assez vite à la campagne.

Je me reconnais bien dans l’enthousiasme décrit au moment de parcourir les premiers kilomètres :

« Je n’avais aucune intention d’accomplir des exploits, mais, comme le dit justement l’expression familière : « la gaîté me donnait des ailes ». Cette phase est brève ; il ne faut pas oublier de la savourer. Car l’exaltation ne dure pas. »

Rufin fait référence aux chiens errants, l’angoisse du marcheur, en Inde plus que sur la route de Compostelle sans doute. L’auteur dit également très bien combien les entrées et sorties de grandes villes sont rarement un moment de plaisir pour le marcheur. À l’approche de Bilbao, blessé au pied, Rufin préfère finalement recourir au bus.

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« La clochardisation du marcheur se fait très vite. »

En empruntant le chemin de Compostelle, Rufin cherche à s’affranchir de différents rôles sociaux devenus pesants à ses yeux, entre un poste d’ambassadeur et une entrée à l’Académie française.

Les préoccupations du voyageur sont très terre à terre :

« Des choses sans importance auparavant, et que parfois même on ignorait avant de partir, prennent peu à peu une énorme place. Repérer les signes qui vous permettent de vous orienter, faire des provisions pour les repas, découvrir, avant qu’il ne soit trop tard, le terrain plat où l’on pourra monter sa tente, réfléchir à ce que l’on porte sur le dos et qui est encore trop lourd, sont des activités qui s’emparent du Jacquet, au point d’en faire leur esclave nuit et jour. »

Au cours de mon tour d’Europe, j’ai développé un certain nombre de routines, notamment en ce qui concerne les courses alimentaires ou les choses que je fais en arrivant dans une nouvelle ville ou une nouvelle chambre.

Le sac de voyage joue un rôle central dans ces habitudes. La valise cabine qui reste à l’auberge durant la journée est complétée d’un sac à dos que j’emmène partout avec moi. Jean-Christophe Rufin décrit à merveille les liens qui se forgent avec un simple sac quand on voyage seul :

« Le sac à dos, auquel les Espagnols donnent le joli nom de mochila, est devenu pour moi comme pour tout Jacquet le compagnon de chaque instant. Ce compagnon revêt deux formes distinctes, opposées et contradictoires. Ouverte, la mochila déploie ses trésors. Sur le tapis de sol de la tente ou le plancher d’une chambre d’hôtel, tout ce dont on peut disposer est là. Se changer, se soigner, se laver, se divertir, s’orienter : toutes ces fonctions sont assurées par des objets tirés de la mochila.

Mais, au petit matin, quand il faut repartir, ce désordre doit pouvoir tenir en entier dans le sac sans trop l’alourdir. »

Une des préoccupations principales du voyageur est de se décharger de sa valise principale durant la journée, pour ne garder qu’un sac à dos. On sent un Rufin envieux quand il réalise que certains pèlerins marchent libérés de leurs bagages les plus lourds, grâce à un système d’acheminement en transport entre villes d’étapes, nommé le Mochila-Express.

Les auberges de jeunesse offrent toutes la possibilité de laisser sa valise durant la journée au moment du check-out. J’ai aussi appris à utiliser les consignes des gares et des aéroports les jours où je n’avais pas le temps de retourner à l’auberge avant le prochain vol ou train que je devais prendre.

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« Des échanges de sparadraps et de Compeed achevèrent d’approfondir notre communion. »

Après avoir ironisé sur les promoteurs de la marche ultralégère qui échangent des combines sur Internet, Rufin réalise combien le poids d’un sac peut occuper l’esprit du voyageur. Il y a des jours sans, quand les jambes sont lourdes, quand le sac fait mal au dos. Jean-Christophe Rufin souligne que ce que l’on emporte avec soi dans son sac de voyage reflète nos angoisses.

Je souris encore en voyant ma liste de départ quand je préparais mes valises pour m’expatrier en Inde pour la première fois. À mesure que l’on s’habitue à voyager, on apprend à partir avec le strict minimum :

« La désinvolture avec laquelle le nouveau marcheur fourre dans son sac des objets variés et souvent superflus, sans penser ni à leur volume ni à leur poids, provoque chez le pèlerin aguerri un effroi proche de l’épouvante. C’est que, au fil des étapes, le marcheur a appris à peser, au propre comme au figuré, chacun des éléments qui composent son barda. »

Parmi les enseignements du pèlerinage, Rufin retient précisément la capacité à se libérer de choses inutiles :

« Certains aspects du Chemin sont un peu plus durables : pour moi, ce fut surtout la philosophie de la mochila. Pendant plusieurs mois après mon retour, j’ai étendu la réflexion sur mes peurs à toute ma vie. J’ai examiné avec froideur ce que littéralement je porte sur le dos. J’ai éliminé beaucoup d’objets, de projets, de contraintes. J’ai essayé de m’alléger et de pouvoir soulever avec moins d’efforts la mochila de mon existence. »

N’emportez que le strict nécessaire avec vous, il sera toujours tant de compléter sur place en fonction des conditions météo, d’éventuels soucis de santé, etc. Voyager léger, c’est apprendre à se libérer de ses angoisses au moment de faire sa valise et commencer à accepter l’imprévu.

Immortelle randonnée : Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin, Editions Guérin; Prix : 19.50 €; Date de sortie : 05/04/2013

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