skip to Main Content
Voyager En Europe De L’Ouest

Nous vous proposons de voyager en Europe de l’Ouest.

Voyager en Europe de l’Ouest

 « Fidèle comme le chemin sous le pas du voyageur », Karl Philipp Moritz

« Je suis ici-bas pour m’étonner de ce que je vois », dit un vers de Goethe. Le plus souvent pourtant, on voyage en Europe de l’Ouest avec les bagages de l’enfance. Au hasard des paysages et des villes que l’on parcourt, des petits riens enfouis dans notre mémoire rejaillissent avec un éclat particulier.

Cette familiarité ne diminue en rien l’expérience du voyageur. Dans L’Art de l’oisiveté, Hermann Hesse parle très bien du côté romantique des voyages :

« la multiplicité des impressions, l’espoir permanent, joyeux ou angoissé, de découvrir des choses inattendues, et puis avant tout le plaisir exquis de faire des rencontres nouvelles, exotiques. »

Bien sûr, par souci de dépaysement, il est de bon ton de s’éloigner de l’Europe de l’Ouest. Parvenu en Éthiopie en 1912, Henry de Monfreid écrit à son père :

« Et puis c’est un peu la vie d’aventures, cela ne me déplaît pas. Je ne pourrai plus vivre ces existences fades et monotones comme des champs de betteraves que nous devons mener en Europe. C’est bien malheureux pour moi d’avoir pareil caractère et je crois que depuis ma fièvre de Malte je suis devenu un peu braque et risque-tout. »

Il a fallu que je sois expatrié en Inde pour réaliser combien j’étais profondément européen. Dans Le Dépaysement : Voyages en France, Jean-Christophe Bailly raconte ce qu’il ressent en voyant La règle du jeu de Jean Renoir depuis les États-Unis :

« Ce que ce film tellement français, ainsi visionné à New York, me disait à moi qui au fond n’y avais jamais pensé, c’est que cette matière qu’il brassait (avec la chasse, le brouillard, la Sologne, les roseaux, les visages et les voix – les voix surtout) était mienne ou que du moins, et la nuance qui ôte le possessif est de taille, je la connaissais pour ainsi dire fibre par fibre – mieux, ou pire : que j’en venais. »

Les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg nous sont proches, surtout lorsque l’on a grandi ou que l’on vit au nord-est de la France. On songe à la manière dont Hermann Hesse parle du village de son enfance, Calw en Allemagne :

« Au fond de moi, je sens alors avec une émotion étrange, combien ce que j’ai vécu est merveilleux et inoubliable : une fois dans ma vie, j’ai été vraiment chez moi ! Une fois dans ma vie, j’ai connu toutes les maisons d’un petit recoin du monde, avec leurs fenêtres et toutes les personnes qui se tenaient derrière ! Une fois dans ma vie, j’ai été attaché à un lieu précis de la terre, comme un arbre est attaché à un bout de terrain par ses racines, par toute son histoire. »

Voyager en Europe de l'Ouest (1)

« Les hautes et fines enclaves du passé », Balzac

Voyager en Europe de l’Ouest rappelle qu’il suffit parfois de quelques pas de côté pour envisager son propre pays différemment. Bien sûr la France et le Benelux ont toujours appartenu à une même communauté de destin, entre passé belliqueux, mémoire industrielle et avenir européen.

Évoquant la Première Guerre mondiale, Ernst Jünger s’attarde sur les régions de l’est de la France :

« la lourdeur croissante du conflit se manifeste déjà par le simple fait que, durant des années, dans les communiqués de l’armée reviennent constamment les noms des mêmes localités, des mêmes arpents de forêts, des mêmes cours d’eau. »

Au-delà de la longue guerre civile européenne du XXe siècle, on peut aussi voir que les pays d’Europe de l’Ouest ont dû faire face aux mêmes défis en termes de reconversion industrielle. J’avais été impressionné durant mon enfance par la visite du Centre historique minier de Lewarde. Jean-Christophe Bailly, encore lui, a magnifiquement décrit le spectacle donné par les uniformes de mineurs de la salle des pendus :

« On s’y tait comme dans une cathédrale, les bannières des vaincus suspendues pour toujours au plafond, très haut, comme une illustration définitive de la chute des corps, on dirait aussi des sortes d’anges déchus, roulés dans la poussière noire, mais volant encore. »

Voyager en Europe de l'Ouest (4)

« Il y a encore la province, me suis-je dit bien souvent pour me consoler… », Rodin

Mais il m’est difficile d’entamer ce voyage en Europe de l’Ouest avec vous sans évoquer la place des fêtes populaires, singulièrement dans les Flandres.

Pieter Bruegel l’Ancien aimait profondément peindre ces scènes de vie, que l’on pense à La Danse de la mariée ou surtout au Combat de Carnaval et de Carême. Dans ce dernier tableau, se mêle l’atmosphère de Mardi gras à celle du mercredi des Cendres. Il en résulte un contraste étonnant entre ceux qui font bombance et les pénitents en plein jeûne. Après tout, l’Europe de l’Ouest a aussi été le théâtre de guerres entre catholiques et protestants, ces derniers se refusant à faire le carême.

Encore une fois, le folklore propre aux Flandres me ramène à l’enfance. Étonnamment, Amsterdam, Bruxelles, Bruges et Luxembourg sont autant de destinations dépaysantes pour le voyageur européen. Cela n’empêche pas parfois les souvenirs de rejaillir au détour d’une rue ou face à un tableau. Il faut s’en réjouir, comme le note Jean-Christophe Bailly :

« Les souvenirs sont en nous ce qui empêche le monde de finir et lorsque l’on voit qu’il continue aussi hors d’eux, indifférent et mobile, coulant sans avidité sur ce qui fut et sera, un vertige se produit, qui a l’éclat de notre propre disparition. »

Eh bien, ma chère et vieille Europe, nous voici ensemble, une fois encore.

J’espère, cher lecteur, que vous vous prendrez au jeu de regarder sous un œil nouveau l’Europe de l’Ouest.

Back To Top