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Voyager En Europe Centrale

Nous vous proposons de voyager en Europe centrale.

Voyager en Europe centrale

« Un homme qui ne sait ni voyager ni tenir un journal a composé ce journal de voyage », Henri Michaux.

C’est bien modestement que j’entreprends aujourd’hui de raconter mon voyage à la découverte de Berlin, Prague, Vienne, Bratislava et Budapest. Ce récit est une réaction à ces guides de voyage beaux comme des décrets d’expropriation, qui prétendent savoir ce qui est indispensable et dictent un programme à tenir absolument. J’ai cherché à concilier la dimension pratique de tout guide touristique avec la part de rêve qui manque souvent cruellement chez les marques établies. C’est pour cela qu’à côté des feuilles de route vous trouverez un récit de voyage pour vous inspirer.

Avec le recul, ce voyage en Europe centrale a été bénéfique à plus d’un titre. En effet, il m’a conduit à vouloir publier mon premier livre : Adelma, essai sur l’Inde. C’est à mon retour de Budapest que j’ai pris la décision de le faire. Sans le savoir, cette première publication allait être le moteur de beaucoup de choses.

C’est aussi de ce voyage en Europe centrale qu’est né mon premier site, Piéton de l’air. Je souhaitais prolonger le lien créé avec les lecteurs du livre et avoir une plateforme pour mettre en ordre mes différentes aspirations. Écrire, voyager, entreprendre… Je sortais de mes années d’études et souhaitais bâtir quelque chose à mon image.

Vienna - Austria

Ces tâtonnements, mûris de voyages, de lectures et de rencontres ont été partagés sur Piéton de l’air. Ils ont été suffisamment fructueux pour donner naissance quelques mois plus tard à trois sites Internet différents : My tour of Europe, Paris asiatique et On Business Plan.

J’ai aussi lancé plusieurs guides pour aider les voyageurs à se lancer, notamment Voyager pas cher en Europe.

« Tant de fois égaré mes pas comme une enfance / Tant de fois à plaisir j’ai perdu mon chemin », Louis Aragon

C’est donc avec une certaine émotion que je parcours à nouveau l’Europe centrale. Cette fois vous êtes là et je vous en remercie, car l’exercice est périlleux. Chateaubriand a écrit L’Itinéraire de Paris à Jérusalem plusieurs années après s’y être rendu, falsifiant la réalité, le nez sur un guide qui bouchait les trous de sa mémoire incertaine. Pourtant, Italo Calvino disait que c’est le second voyage qui compte, celui que l’on entreprend dans sa tête à partir des bribes du premier, inscrit dans notre mémoire. Cela me rassure.

Les villes invisibles était déjà au cœur de mon livre Adelma. Permettez-moi m’y replonger quelques instants, pour y trouver cette phrase :

« plus il se perdait dans les quartiers inconnus des villes lointaines, mieux il comprenait les autres villes qu’il avait traversées pour arriver jusque-là, et il re-parcourait les étapes de ses voyages, et il apprenait à connaître le port d’où il avait levé l’ancre, et les lieux familiers de sa jeunesse, et les alentours de sa maison ».

Après avoir réfléchi sur l’Inde, écrire sur l’Europe amène évidemment une familiarité inédite avec les villes visitées, même dans des lieux jusque-là inconnus. Je ne connaissais pas Berlin, ni Prague ou Vienne, encore moins Bratislava et Budapest. Pourtant, ces villes faisaient partie depuis longtemps de mon imaginaire de lecteur.

Kafka et Zweig ont notamment accompagné mon adolescence. Imre Kertész, Milan Kundera ou Hans Fallada les rejoindraient plus tard. Sans parler de ces images reproduites dans les manuels d’histoire pour parler de Berlin dans la Guerre froide, de l’insurrection de Budapest en 1956 ou du Printemps de Prague en 1968. L’Europe centrale est d’abord une plongée dans les ténèbres du XXe siècle européen, or nous sommes sans doute la dernière génération familière de ces déchirements.

Voyager en Europe centrale (1)

Comme le rappelle le philosophe et philologue allemand Heinz Wismann (né en 1935), auteur de Penser entre les langues : « L’enracinement est une manière de transformer l’être que nous sommes, à savoir, doué, dit Aristote, de la capacité de se déplacer ».

Heinz Wismann développe son idée : « les racines que nous avons ne nous immobilisent pas quelque part de manière définitive : certains arbres indiens ont des branches (lianes) qui plongent dans le sol ailleurs ».

Le piéton de l’air, luftmensch en yiddish, est défini comme « un être qui vit hors-sol, dans l’air. Si l’on pousse la métaphore jusqu’au bout, il est aussi fait d’air, c’est-à-dire que c’est un courant d’air ». Le terme peut être connoté négativement : malheureux exilés qui n’ont plus de chez eux, manière d’être qu’impose la diaspora, etc.

Il reste que l’on peut produire des racines : « au cours de ma vie, j’ai poussé racines à plusieurs endroits, mais je peux me déplacer à ma guise, très loin de ma racine initiale » poursuit Wismann.

Voyager en Europe centrale (2)

Heinz Wismann s’interroge également sur l’Europe. Comme idéal d’abord, avec le mythe d’Europe enlevée par Zeus où « la figure de l’identité est étrangement liée au fait de se séparer de soi » :

« Europe était la fille d’un roitelet d’Asie Mineure, rappelle Wismann. Quand Zeus l’enlève pour l’emmener sur l’île de Crète, il s’agit d’une séparation par rapport à l’Asie. Toute l’histoire de l’Europe est celle de cette séparation, mais pas sur le plan géographique ou sur le plan politique. C’est une frontière idéelle, culturelle si l’on veut. L’Europe se sépare régulièrement de l’acquis ».

Après avoir écrit sur l’Inde, il était donc nécessaire de se tourner vers l’Europe.

Je commençais Adelma en évoquant la crise économique depuis 2007. Il est bon d’espérer que l’avenir de l’Europe s’invente dans les startups installées dans le quartier du Kreuzberg à Berlin, mais aussi parmi la jeunesse et la classe créative qui vivent à Prague, Vienne, Bratislava ou Budapest. Selon Wismann, le devenir européen est scandé par des renaissances :

« Chez les Grecs, on donnait le prénom du grand-père au fils qui venait de naître. Il s’agit de se séparer de ce qui est un destin finalement oppressant : la présence du père. Le fils va se servir du grand-père contre le père, pour devenir lui-même ».

Puissent vos futurs voyages être aussi riches en renaissances que le mien.

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