Europe En Bus (4)

Pour beaucoup, parcourir l’Europe en bus renvoie aux voyages scolaires inconfortables mais animés du collège et du lycée. Le bus part donc avec un désavantage par rapport aux autres moyens de transport : relative lenteur et manque de place. On aurait tort pourtant de s’en priver !

L’Europe en bus

L'Europe en bus

Des progrès sur le confort

Les flottes des compagnies qui opèrent sur de longues distances sont relativement neuves, avec des sièges confortables et des services à bord comme le Wifi.

Une concurrence nouvelle en France, avec la loi Macron libéralisant les trajets domestiques en bus

La SNCF ne s’y est pas trompée et a lancé avec OUIBUS des liaisons low cost en France, en commençant par l’axe entre Lille, Paris, Lyon et Marseille. Depuis l’entrée en vigueur de la loi Macron et le rachat de Starshipper, plus de 1 000 trajets vers 120 villes en France et en Europe ont été mis en place par OUIBUS. Les bus partent ainsi vers Londres, Amsterdam, Bruxelles, Barcelone, Genève, Turin et Milan, sans oublier Cologne, Aix-la-Chapelle, Anvers et Rotterdam. Pour Paris, les départs s’effectuent principalement à Paris-Bercy, mais également à Porte d’Orléans, à Porte Maillot et à La Défense.

Ouibus

Avec la libéralisation du marché français, le leader allemand FlixBus s’est aussi positionné au départ de plus de 100 villes françaises dont Paris. Il est possible de se rendre à Amsterdam, Bruxelles, Berlin, Munich et dans de nombreuses villes allemandes avec le jeu des correspondances. En tout, FlixBus dessert 800 destinations dans 15 pays européens avec des billets à partir de 5€. Par rapport à la concurrence qui ne rembourse généralement rien, on notera qu’il est assez facile d’annuler ou de modifier sa réservation avec FlixBus.

FlixBus

Appartenant désormais à FlixBus, la société Megabus, originaire d’Écosse et très présente aux États-Unis, a lancé plusieurs lignes au départ de Paris et de Boulogne-sur-Mer. Il est possible de se rendre à Amsterdam, à Bruxelles, à Londres et dans de nombreuses villes d’Angleterre, du Pays de Galles et d’Écosse. Une ligne relie aussi Barcelone à Londres via Toulouse et Paris.

À côté du développement rapide de OUIBUS et de FlixBus, Eurolines continue d’offrir des connexions avec la plupart des villes en région. En parallèle, sa filiale low cost Isilines lance régulièrement de nouveaux trajets en France. Surtout, le réseau international couvert par Eurolines est extrêmement développé, avec 1 500 destinations dans plus de 30 pays, grâce à un système de sous-traitance à des compagnies de bus locales à travers l’Europe.

Cette concurrence entre compagnies de bus low cost favorise les prix bas toute l’année, avec en plus des opérations promotionnelles régulières. Il reste que sur les pays frontaliers de la France, le covoiturage offre souvent plus de flexibilité et de meilleurs tarifs, pour des temps de parcours plus rapides.

europe en bus (8)-min

Un comparatif réalisé par Le Parisien

Un comparatif réalisé par Le Parisien

Les bus de nuit et les horaires de départ tardifs

La lenteur des trajets en bus peut être compensée utilement en choisissant les bus de nuit. Je reste fasciné de voir certains panneaux collés à la vitre avant de tel ou tel bus lorsque je suis dans une gare routière. Berlin-Varsovie, Prague-Vilnius… Des centaines de kilomètres que les voyageurs d’un soir allaient avaler.

J’ai eu une seule fois recours à un bus de nuit, précisément entre Varsovie et Vilnius, car je ne voulais pas perdre une journée dans le train.

J’avais deux possibilités, Eurolines ou Ecolines. Ecolines est très présent en Pologne, en Ukraine, en Biélorussie, dans les pays baltes et en Russie. Leur carte de destinations est un cauchemar de grognard napoléonien.

En parcourant les forums, j’ai réalisé que les avis sur Ecolines étaient assez inquiétants : il était question de la vétusté des véhicules et de la conduite aléatoire des chauffeurs.

J’ai donc misé sur Eurolines. L’attente dans le froid varsovien de la gare autoroutière perdue à l’ouest de la ville entre deux échangeurs routiers n’avait pas diminué mon enthousiasme. Mais après avoir vu défilé toute la soirée des bus plus beaux les uns que les autres, j’ai déchanté en voyant le vieil autocar dans lequel j’allais devoir passer la nuit.

Comme je l’ai expliqué, Eurolines sous-traite à des compagnies locales. Les chauffeurs parlaient uniquement polonais, aucune distribution de couverture n’était visiblement prévue, il n’y avait pas d’Internet à bord. Au bout de la nuit, j’ai dû changer de véhicule à Kaunas, pour prendre un minibus jusqu’à Vilnius. Heureusement, j’ai été merveilleusement accueilli avec un peu d’avance à l’auberge de jeunesse, comme j’en parle dans les bonnes adresses d’hébergement en Europe.

La gare autoroutière de Vilnius

La gare autoroutière de Vilnius

De bonnes liaisons entre les capitales des pays baltes

Avec le recul, j’aurais sans doute pris Ecolines, comme je l’ai fait entre Vilnius, Riga et Tallinn. Leur bus à étage était très confortable, une hôtesse parlant parfaitement anglais s’occupait à chaque fois des voyageurs, apportant couvertures et proposant des snacks à la vente.

Le bus est en tout cas l’idéal pour découvrir les capitales des pays baltes, avec plusieurs liaisons par jour et des distances suffisamment courtes pour ne pas trop amputer la journée. Les prix des billets sont dérisoires et il y a régulièrement des promotions.

Une solution idéale pour découvrir Malte, Chypre, le Royaume-Uni et l’Irlande

Le réseau de bus public est très développé à Malte, avec Arriva. Cela ne date pas d’hier, les vieux bus ont fait une partie de la légende de l’île. Ils sont à présent remplacés par une flotte moderne. Les forfaits à la journée permettent de rayonner facilement dans les différentes parties de Malte et Gozo. On finit par comprendre l’organisation des différentes lignes au bout d’un ou deux ratés.

A Chypre, un réseau subventionné de bus interurbains opéré par Intercity Buses permet de bénéficier de tarifs extrêmement réduits dans la partie Sud de l’île, sans rapport avec les distances parcourues.

L’Irlande se prête également très bien aux déplacements en bus. La liaison entre Belfast, Dublin et Cork fait l’objet de nombreuses promotions, notamment à l’initiative d’Aircoach ou de la compagnie Bus Éireann.

Enfin, par rapport aux tarifs parfois prohibitifs du train, le bus reste un moyen commode de parcourir le Royaume-Uni, que ce soit avec National Express ou Megabus.

La liaison Eurolines Dublin-Londres

La liaison Eurolines Dublin-Londres

Une solution de secours pour certaines liaisons transfrontalières

Le bus peut aussi représenter une solution de repli intéressante si vous vous décidez à la dernière minute. La liaison entre Madrid et Lisbonne avec Avanza offre un bon compromis si les tarifs proposés par les compagnies aériennes low cost vous paraissent trop élevés.

De même, il est parfois préférable d’emprunter les minibus de compagnies privées quand les liaisons transfrontalières ferroviaires ne sont pas au point. C’est le cas entre Venise et Lubiana par exemple. Ne vous attendez pas à avoir des chauffeurs parlant anglais si vous partez avec DRD. Avec un peu de chance, il y aura un Slovène italianisant parmi les voyageurs.

Mes chauffeurs étaient assez cocasses, avec un minibus qui refuse de démarrer et un changement de véhicule, des embrouilles en Slovène à propos de passagers à aller chercher à l’aéroport… qui étaient en fait simplement en retard au premier point de rendez-vous fixé à Mestre. D’où un aller-retour pour rien et des discussions à n’en plus finir entre chauffeurs à moitié sourds.

Avec la crise économique, notez enfin que la Grèce a abandonné toute exploitation des liaisons transfrontalières ferroviaires. Il faut donc être particulièrement créatif pour rallier la Bulgarie ou la Serbie. Les forums de voyageurs permettent de se tenir au courant des itinéraires de substitution mis en place, qui passent notamment par des bus au départ de Thessalonique jusqu’à la frontière grecque.

Le bus est particulièrement recommandé pour rejoindre Istanbul, en raison des grands travaux actuellement menés dans la capitale turque pour enjamber le Bosphore. Les trains mettent une quinzaine d’heures entre Sofia et Istanbul, contre 9h environ en bus.

Si vous n’êtes guère enthousiasmé par l’état du réseau ferroviaire des Balkans, sachez que la compagnie turque Metro Tourism offre des bus extrêmement confortables. Quatre trajets par jour sont proposés entre Sofia et Istanbul par exemple. Des écrans vidéo permettent d’accéder à une sélection de films, voire de regarder ceux sur votre clé USB. Il n’y a pas de toilettes à bord, mais des pauses très régulières. Des collations sont offertes tout au long du voyage. De quoi vous plonger dans l’atmosphère des caravanes marchandes médiévales entre Europe et Asie.

Madrid-Valence

Madrid-Valence

Les bus en ville

Il n’était pas possible de parler de l’Europe en bus sans évoquer la place particulière occupée par les bus dans les transports urbains de certaines capitales européennes.

C’est particulièrement flagrant à Luxembourg, puisqu’un service de navettes rapides assure notamment la liaison avec le quartier moderne situé sur le plateau du Kirchberg.

Les bus assurant la navette avec les aéroports

Enfin, les bus sont parfois une bonne solution pour rallier les aéroports internationaux. Je sais que certains sont de grands utilisateurs des navettes Air France. Le service mis en place par Finnair à Helsinki est aussi très pratique.